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Nous avons rédigé la présente section afin de mieux vous familiariser avec la terminologie propre à l’univers de la culture et de la transformation des pommes et des raisins de notre hémisphère nord. Vous y trouverez aussi une perspective historique, débutant avec la découverte de la Nouvelle-France en 1534, jusqu’à notre réalité d’aujourd’hui, en rapport avec nos activités pomi-viticoles à St-Paul-d’Abbotsford, en Montérégie.
 
 
LA VIGNE, DÈS LE DÉBUT DE LA COLONIE
     
La culture de la vigne se pratique depuis les débuts de la Nouvelle-France, à petite échelle certes, mais avec une expansion soudaine dans le dernier quart du XIXe siècle, et surtout, depuis le début des années 1980. Jacques Cartier fut le premier à constater, et à noter dans son carnet de voyage, que la vigne pousse sur le territoire qu’il était en train d’explorer. En 1535, à son passage à l’île d’Orléans, la vigne sauvage Vitis riparia y est présente en abondance. Il baptise donc l’île : L’Isle de Bacchus. Tel que révélé dans un certain texte de l’époque (Boucher, 1664), il est dit que cette vigne donne par contre un vin un peu âcre, qui tache beaucoup, devenant toutefois meilleur après un an de vieillissement. (Extrait carnet de bord de Jacques Cartier) Par la suite, Samuel de Champlain plante, dès 1608, des vignes de France Vitis vinifera qui ont beaucoup de difficultés à résister au climat de nos hivers. L’idée de cultiver des vignes à vin avec pour but d’en faire la transformation perdure tout de même puisque les religieux, principalement les Sulpiciens et les Jésuites, voient au développement de la viticulture en plantant plusieurs variétés de raisins en provenance de l’Europe. D’autre part, les gens du peuple font du vin et des boissons avec le raisin sauvage et les autres petits fruits d’ici. À l’époque, les aubergistes, les religieux et les gens fortunés importent beaucoup de vins de France et d’Espagne. En 1739 par exemple, la Nouvelle-France importe l’équivalent de 775,166 bouteilles de vin pour une population de 24 260 adultes (plus de 15 ans d’âge), ce qui équivaut à 32 litres par personne annuellement. À titre comparatif, en 1992, Statistique Canada évaluait la consommation moyenne de vin des Québécois à 14 litres par personne annuellement (Lafrance, 1992). La consommation per capita au Québec seulement a sûrement doublé depuis.

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À partir de la Conquête, et ce jusqu’à la Confédération en 1867, les spiritueux dominent le marché de la consommation : les Anglais favorisent le commerce des alcools forts avec les autres colonies britanniques, au détriment des échanges avec la France. Le développement de la viticulture en est donc réduit au savoir local et l’importation de vins de France est ralentie. Plus tard, à partir de 1864, le gouvernement du Québec va encourager la culture de la vigne par des subventions à l’expérimentation sur des raisins du pays et des hybrides plus rustiques en provenance des États-Unis. La création de ceps mieux adaptés à nos climats et à nos terroirs, ainsi qu’un développement durable en viticulture, aurait pu être possible à l’époque ; or, sans le soutien continu de l’État, avec les alternances de régimes au gouvernement, et les pressions politico-religieuses anti-viticulture, les résultats subséquents ont été variables et sans suivi. À la fin du 19e et au début du 20e siècle, il y a une reprise progressive des échanges commerciaux avec la France, grand exportateur de vin, de sorte que la consommation de vins étrangers augmente de façon constante. En conséquence, le développement d’une viticulture québécoise est considérablement ralentie, le manque d’expertise des agriculteurs en vinification n’aidant pas à produire de bons vins à prix compétitif. Et avec les années de guerre, et la prohibition aux États-Unis aidant, nos gouvernements ont privilégié les échanges avec l’Europe. Avec l’arrivée d’immigrants en provenance de pays producteurs de vins comme les Italiens, les Portugais et les gens d’Europe centrale, dont la culture du vin est partie intégrante de leur quotidien, il y a eu, de nouveau, un intérêt marqué pour la viti-viniculture. Mais, ce n’est que durant la période des années ’70, après la Révolution tranquille, alors que les jeunes Québécois se sont mis aux grands voyages et ont séjourné en France et en Europe, que l’attrait pour des vins d’ici, fait à partir d’hybrides français, européens et nord-américains, reprend son essor, et que, ces mêmes jeunes développent une expertise propre à nos climats nordiques et à notre terroir, et ce, il faut le dire, sans l’aide des gouvernements québécois et canadien, qui pourtant, à la même époque, soutiennent et financent à outrance les autres cultures et cultures fruitières, à travers leurs institutions respectives.

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LE TERROIR DU MONT YAMASKA, D’HIER À AUJOURD’HUI 

En Montérégie, dans les années 1880, un certain Charles Gibbs de St-Paul-d’Abbotsford cultive tout de même, sur le versant du mont Yamaska, près de 47 variétés de raisins fait de cépages hybrides nord-américains, dont beaucoup de croisements européens, l’équivalent d’environ 30 000 plants de vignes; mais, il ne produit pas de vin lui-même. Horticulteur de formation et grand voyageur à travers le monde, il rapporte et développe, ici, en pépinière, plus de 1 000 variétés d’arbres, arbrisseaux et fruitiers, de toutes les régions de la planète, dont beaucoup sont des pommiers rustiques de Russie. Il est reconnu comme une sommité mondiale en horticulture à l’époque, donnant des conférences partout, et accumulant honneurs et reconnaissance. À sa mort, accidentelle, sa ferme est morcelée par sa succession et réorientée vers le développement de la pomiculture, au détriment de la viticulture, parce que le village de St-Paul est devenu au fil des années 1890, le principal centre de production et d’exportation de pomme au Canada.Notre vignoble, Coteau St-Paul, planté directement sur le versant sud du Mont Yamaska, s’inscrit dans cette continuité historique, dont le terroir a toujours été propice à la culture de la vigne, et des cultures fruitières.

Il y a actuellement près d’une cinquantaine de vignobles artisanaux au Québec, répartis dans les régions le long et au sud du fleuve Saint-Laurent, dont seulement quelques uns des plus anciens produisent plus de 40 000 bouteilles annuellement, la moyenne étant plutôt de 10-20 000 bouteilles annuellement; et la rentabilité n’étant pas encore au rendez-vous pour plusieurs. Triste constat. Pourtant, dans des concours internationaux où l’on goûte les vins à l’aveugle, les vins québécois ont remporté plus de 140 médailles en 16 ans.

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LA CULTURE DE LA POMME,
PARMI NOUS DEPUIS LONGTEMPS

Du coté de la pomiculture, le premier pommier planté en Nouvelle-France, le fut par Louis Hébert à Québec en 1629. Plus tard, en 1650, les Sulpiciens plantent beaucoup de pommiers de variétés européennes sur le flanc du Mont-Royal. La plantation de pommiers s’est ensuite développée dans les seigneuries situées sur les coteaux du Mont St-Bruno, de celui du Mont St-Hilaire et du Mont Rougemont. Quant au cidre, il faut y voir une origine normande, puisque la majorité des premiers habitants de la colonie provienne de la Normandie en France, là où on transforme la pomme en eau-de-vie appelée calvados. D’ailleurs, le même Louis Hébert possède un alambic (distillateur), qui lui permet de faire ses alcools. Les gens de la colonie boivent donc beaucoup plus de cidres que de vins à cette époque ainsi que d’autres boissons artisanales faites à partir de baies sauvages et de sèves (mûres, framboises, épinettes, érables, etc.).

Avec la Conquête, les Britanniques encouragent la consommation des alcools en provenance des Antilles, et de l’Angleterre, au détriment des productions artisanales de chez nous, dont le cidre; c’est que cette consommation d’alcool étranger, de même que la production de bière des brasseurs d’ici, rapporte davantage en taxes dans les coffres de l’État.

Les premières plantations de pommiers sur le versant sud-ouest du Mont Yamaska apparaissent en 1811. Elles sont développées principalement par des loyalistes du Royaume-Uni qui sont venus trouver refuge chez nous lors de la Guerre d’indépendance des États-Unis, dans la grande région des Cantons de l’Est (Eastern Townships). La greffe de la pomme aurait été introduite par Samuel Jackman en 1823, et quelques centaines de variétés de pommes auraient ainsi été greffées dans les décennies suivantes, dont un grand nombre d’entre elles qui ne sont plus cultivées aujourd’hui. L’arrivée en 1930 de la pomme McIntosh découverte par l’Ontarien John McIntosh, pomme bien adaptée à nos climats et donnant un fruit remarquable, va s’imposer ici comme ailleurs, en Amérique du Nord et dans quelques pays d’Europe.

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LE MONT YAMASKA : DES ORIGINES À AUJOURD’HUI

Il y a 120 millions d’années, à l’époque du Crétacé, des intrusions magmatiques s’introduisaient dans les failles de l’écorce terrestre des roches du sud du Québec, et donnaient naissance à celles des Montérégiennes, c’est-à-dire, à différents monts dans ce que nous appelons la mer de Champlain, mais sans que ces poussées ne fassent éruption et ne percent la croûte terrestre. Donc, le mont Yamaska, comme tous les autres monts de la région (mont Royal, mont St-Bruno, mont St-Hilaire, mont St-Grégoire, mont Rougemont, mont Shefford, et mont Bromont) ne résulterait pas vraiment d’un relief de construction volcanique; c’est plûtot que cette poussée de magma aurait traversé, en les assimilant, les roches cristallines du Précambrien, et par la suite, les roches sédimentaires de schistes argileux du Paléozoique qui forment les assises des basses terres du Saint-Laurent. Une enveloppe composée de roches dites cornéennes se serait développée sous l’effet d’une intense chaleur, lors du contact entre le magma et la roche sédimentaire environnante. Le magma se serait ensuite refroidi graduellement pour devenir une roche ignée solide formant ainsi le coeur du mont Yamaska et celui des autres monts des Montérégiennes.(D’après : La géologie et la pétrographie du mont Yamaska, Ministère des mines, Canada, 1912)

Il y a eu ensuite une intense période de glaciation, qui provoqua un enfoncement des terres dans tout l’hémisphère nord, de sorte qu’à la fonte des glaces, les eaux atlantiques en vinrent à occuper les basses terres du St-Laurent et créer ainsi la mer de Champlain. Vers les années 11 000 avant J.C., le mont Yamaska et les autres monts des Montérégiennes étaient en fait des îles, et il semble que le niveau de la mer atteignait près de 190 m. d’altitude. Et puis vers les années 7000 avant J.C., les eaux commencèrent à se retirer, dans le lit de ce qui deviendra le grand fleuve St-Laurent.

La constitution et la distribution des sols n’est pas uniforme sur ces collines. Sur les plus élevées, on ne découvre qu’une couche de sol peu profonde, entrecoupée d’effleurements rocheux. La géologie constituante des versants du mont Yamaska en est une de roche sédimentaire de type calcaire, grès ou schiste argileux. La texture des sols varie de limon sableux au sable, au gravier sableux et au gravier. Là où ces éléments dominent, le drainage est excellent. Le sommet du mont culmine à 416 mètres d’altitude, la longueur moyenne de la saison sans gel est de l’ordre de 149 jours, et la durée annuelle de l’insolation est de l’ordre de 2 000 heures. Enfin, les vents dominants sont généralement du sud-ouest, le versant ouest et sud du Mont Yamaska étant donc soumis à des conditions desséchantes. (D’après: le Système canadien de classification des sols.)

Le mont Yamaska tire son nom de la Seigneurie de Maska qui en fut propriétaire jusqu’à ce qu’il soit cédé à la Seigneurie de St-Hyacinthe. Les amérindiens Abénakis, qui l’appelait Wigwömadenek ou « montagne en forme de grande maison », y avaient installé un village jusqu’à la fin des années 1800. On a retrouvé leur cimetière près du sommet du mont : la plupart des amérindiens ayant été emportés par la petite vérole, lors des contacts avec les Blancs, ou forcés de migrer vers les rivières Bécancour et St-François, pour échapper aux massacres des Iroquois.

Notons que 105 espèces d’oiseaux ont été recensées sur le mont Yamaska, dont 54 ont été confirmées nicheuses, dont le bec-croisé des sapins, le viréo à tête bleue, l’urubu à tête rouge, le grand pic, le grand corbeau, la buse à épaulette et l’épervier de Cooper. Il y a aussi 17 espèces de mammifères, dont la marmotte commune et la marmotte rousse, également abondantes dans les vergers, le rat musqué à cause de la disponibilité de son habitat de prélédiction : les canaux de drainage en milieu agricole, et une grande population de cerfs, de l’ordre de 10 à 15 cerfs/km carré, qui cause de sérieux ennuis en milieu agricole, notamment en pomiculture. Il y a aussi 19 espèces de plantes rares, dont l’ail des bois et des variétés de fougères uniques au mont, ainsi qu’une quinzaine espèces de reptiles et d’amphibiens, dont plusieurs variétés de salamandre. (D’après: Wigwömadenek, Le mont Yamaska, Quatre-temps, Revue des amis du Jardin botanique de Montréal , septembre 1999, Anne le Sauteur et Nathalie Fleurant.)

Le mont YAMASKA est un milieu naturel comportant un potentiel pour la conservation des ressources biologiques. Bien que le mont appartienne aujourd’hui à des intérêts privés, en fait, à quelques 220 propriétaires dont en bonne partie, à des gens de St-Paul-d’Abbotsford, étant morcelé et arpenté en de longues bandes étroites de la période seigneuriale, il est néanmoins considéré comme une réserve faunique et florale d’importance puisqu’en février 2003, le Ministère des Ressources naturelles a classé le mont Yamaska comme un des 26 écosytèmes forestiers exceptionnels au Québec. (D’après : Les écosystèmes forestiers exceptionnels du Québec, MAPAQ, 2002.)

Le port de Rochefort en 1762 vu par Joseph Vernet :
Chargement des marchandises destinées aux colonies.

 

 

 

 

Les vignobles canadiens : la récolte du raisin. L’opinion publique, Vol 10, no 44, pp. 519
(30 octobre 1879). Gravure

 

 

Les vignobles canadiens : l’emmaganisage.
L’opinion publique, Vol 10, no 44, pp. 519
(30 octobre 1879). Gravure

 

 

 

 
   

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